19e ÉDITION NOVEMBRE 2018Organisé par
Images en bibliothèques

Shunte Ki Pao ! de Simon Kamar Ahmad
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Les Fleurs du réel

Cycle proposé par Les yeux doc

Fleurs du réel 2008-2017

Les principaux festivals de cinéma ont choisi l’or et des jurys de stars pour récompenser les films : Cannes a sa Palme, Berlin l’ours, San Sebastian une coquille, la Mostra le lion et le Fespaco l’étalon de Yennenga. Les festivals de cinéma documentaire se sont le plus souvent calqués sur ce modèle compétitif.

Derrière le folklore glamour de la cérémonie de remise des prix se cachent des enjeux financiers et de notoriété non négligeables pour les auteurs et les producteurs. Ainsi, le Grand prix du documentaire est assorti, à Berlin, d’une dotation de 50.000 euros et d’un logo qui accompagne le film pendant toute son exploitation sur tous les supports. Les récompenses profitent aussi aux festivals, qui ont la nécessité d’imposer leur marque et de lier leur destin à celui de « leurs » auteurs, dont ils suivent ensuite assidûment la carrière.

Et l’aspect artistique dans tout ça ? Un Grand prix est le produit complexe de plusieurs regards, qui se confrontent et parfois s’affrontent. Le regard de la direction artistique du festival, responsable de la sélection, et les regards croisés des membres du jury, qui sont trois à Cinéma du réel depuis 2016 et jusqu’à neuf à Cannes. Tous sont des professionnels du cinéma, issus d’univers très différents (les techniciens, les critiques, les programmateurs…). Cette diversité, sans doute, permet que le choix ne soit pas formaliste ni déférent, mais guidé par une ambition : laisser une trace dans l’histoire du 7e Art.

Fruits d’une culture de la compétition qui anime l’humain depuis les origines en même temps que précieux témoins d’une histoire et d’une époque, les prix transforment-ils leur pari de révéler les classiques du cinéma de demain ?

Réponse en huit films, lauréats du Grand Prix du festival Cinéma du réel entre 2008 et 2017 :

Maman colonelle de Dieudo Hamadi - 2016
Maman colonelle de Dieudo Hamadi

Maman colonelle

Dieudo Hamadi

RDC, France / 2017 / 72’ / Cinédoc

La Colonelle Honorine travaille au sein de la police congolaise où elle est chargée de la protection des enfants et de la lutte contre les violences sexuelles. Alors qu’elle travaille depuis 15 ans à Bukavu, à l’est de la RDC, elle apprend qu’elle est mutée à Kisangani. Sur place elle se trouve face à de nouveaux enjeux. À travers le portrait de cette femme d’un courage et d’une ténacité hors du commun qui lutte pour que justice soit faite, le film aborde la question des violences faites aux femmes et aux enfants en RDC.

MAMAN COLONELLE - Bande annonce VF from Andanafilms on Vimeo.

Long story short de Nathalie Bookchin - 2016

Long story short

de Natalie Bookchin

2015 / Etats-Unis / 45’ / Mass produced media

"Ce que c’est de vivre avec des ressources limitées" : avec pudeur mais bien en face, la centaine d’interviewés que Natalie Bookchin a filmés en Californie dans des soupes populaires, des foyers ou des centres d’alphabétisation racontent la pau- vreté aux États-Unis, les façons de vivre avec et, peut-être, de s’en sortir. Au lieu de contrer la frontalité des adresses face-caméra en creusant une profondeur psychologique ou narrative, la réalisatrice fait le choix formel inverse, surprenant : élaborés en partie par les participants eux-mêmes puis montés par sujet et parfois présentés simultanément en split screen, les entretiens convergent de temps en temps jusqu’à une phrase prononcée en un chœur que seul le montage révèle, avant de bifurquer à nouveau en des formulations différentes. À chaque histoire singulière se substitue par moments cette montée d’une voix collective, soudain puissante, à l’encontre d’une représentation de la pauvreté comme exception. L’articulation entre individu et collectif met aussi au jour la façon dont s’articulent dans le système classe, race, violence urbaine et drogue. Le dispositif d’enregistrement individuel et le montage quasi-viral de Long Story Short, inédits sur grand écran, matérialisent une tension déchirante entre l’isolement social et la promesse d’une solidarité. (Charlotte Garson)

Long Story Short Trailer from natalie bookchin on Vimeo.

Killing time - Entre deux fronts de Lydie Wisshaupt-Claudel - 2015

Killing time - Entre deux fronts

de Lydie Wisshaupt-Claudel

2014 / Belgique / 90’ / Cellulo prod

Sans commentaire ni entretiens, Lydie Wisshaupt-Claudel parvient à montrer que ce grégarisme ancré dans la vie militaire entre cependant en tension avec une solitude abyssale. D’où des trouées dans le tissu du quotidien, telle cette discussion entre le choix de se laisser pousser une barbe ou un bouc : "Mon père a promis de ne plus se couper les cheveux à son retour du Vietnam" Se faire raser la tête, se faire tatouer la devise de son régiment : autant de passe-temps qui, dans une ville conçue comme un entre-deux entre les vies civile et militaire, ont soudain la force performative du rite. Absents en actes mais omniprésents dans les esprits, les combats ont laissé une béance vertigineuse. (Charlotte Garson)

Shunte ki pao ! de Simon Kamar Ahmad - 2012

Shunte ki pao ! (Are you listenning !)

Simon Kamar Ahmad

2013 / Bangladesh / 90’ / Beginning production

Inondations et tempêtes forment le quotidien des familles du littoral du Bengladesh. Mais la beauté de “Shunte Ki Pao !” vient de ce que le film s’en tient à la chronique de la vie d’une seule d’entre elles. Pas forcément pauvres à l’origine, l’institutrice Rakhi et son époux Soumen, parents du petit Rahul, ont vu leurs biens et leur logement engloutis par un raz-de-marée en 2009. Deux ans plus tard, l’aide gouvernementale se fait toujours attendre. Pêche au crabe, douche de pluie gratuite, fruits achetés à l’unité - avec les moyens du cinéma direct, sa caméra tenue plus bas qu’à l’accoutumée puisque les maisons de fortune sont fort basses de « plafond », Kamar Ahmad Simon livre un portrait nuancé d’une classe moyenne s’adaptant jusqu’au point-limite. Dans cet environnement où le temps est trop souvent celui, cyclique, du retour des catastrophes, l’endurance du cinéaste devient l’espoir le plus fiable qu’une continuité temporelle est possible.

Le film a reçu le Grand Prix de cinéma du réel 2013.

Palazzo delle Aquile de Stefano Savona, Ester Sparatore, Alessia Porto - 2011

Palazzo delle Aquile

de Alessia Porto, Stefano Savona, Ester Sparatore

Italie, France / 2011 / 128’ / Picofilms
Ce film fait la chronique quotidienne de l’occupation de l’Hôtel de ville de Palerme par vingt familles sans abri. Tout en dressant le portrait d’une institution publique dans des circonstances exceptionnelles, c’est aussi l’occasion d’enquêter sur les relations controversées et souvent ambiguës entre les citoyens et leurs représentants élus.
48 de Susana de Sousa Dias - 2009
48 de Susana De Sousa Dias

48

de Susana De Sousa Dias

Portugal / 2009 / 93’ / K-Top-Kintop, RTP - Rádio Televisão Portuguesa
48 ? Les 48 ans de la dictature de Salazar sur le Portugal et ses colonies. Sur fond de photos anthropométriques de la PIDE, la redoutée police politique du régime, des opposants se souviennent. D’un côté l’histoire cachée de ces photos, de l’autre le face à face du bourreau et de sa victime fixé pour l’éternité. La plupart de ces photos sont neutres, inexpressives. Elles parlent surtout de ce qui ne se voit pas - des bourreaux, de leur fantasme de maîtrise absolue, d’anéantissement de l’autre. Derrière ces images monochromes et monotones, tristes et inertes, des voix, celles de ces mêmes personnes photographiées hier par la Pide et qui se souviennent aujourd’hui, devant nous avec leurs mots, leurs peurs, leurs cicatrices, de leur arrestation, des sévices, des tortures, des humiliations, de la prison. Parfois, les photos manquent. Les fichiers ont été détruits ou perdus. À leur place, des plans immobiles, nocturnes, d’arbres, de clôtures. Ce vide est pire que les clichés anthropométriques. Les portraits témoignent encore d’une présence, d’un passage. Les paysages renvoient à une disparition absolue, sans traces, sans témoins. Derrière les voix, l’ombre des fantômes. Et puis dans cette grisaille sans fin, cette répétition terrifiante, un trou, un éclair. L’exception, l’inimaginable : le rire franc, provocant, d’une jeune fille, cette force et cette inconscience merveilleuse de la jeunesse qui sait que la vie lui appartient, que nul ne peut la lui prendre, un sourire radieux, éblouissant, dont on devine combien il a laissé désarmé l’homme en face, puisque le cliché, si peu dans les normes policières, a été gardé." (Yann Lardeau)
Below Sea Level de Gianfranco Rosi - 2008

Below Sea Level

de Gianfranco Rosi

2008 / Etats-Unis - Italie / 115’ / 21 One production
À 190 miles au sud-est de Los Angeles et 120 pieds en dessous du niveau de la mer, près de Salton Sea, en plein désert, sur le site désaffecté d’une ancienne base militaire et à proximité d’un centre de tirs aériens, s’étend Slab City, vaste camp de caravanes, de tentes, de mobil-homes, d’autobus déglingués, de pick-up et de quelques cabanes.
Fleurs de sureau (Holunderblüte) de Volker Koepp - 2007

Fleurs de sureau (Holunderblüte)

de Volker Koepp

Allemagne / 2007 / 88’ / Vineta Film
"Annexée par la Russie après la deuxième guerre mondiale, peuplée par des colons venus de Russie ou des États baltes, la région de Kaliningrad est aujourd’hui une enclave russe au sein de l’Union européenne, entre la Pologne et la Lituanie. Jadis le village de Gastellovo était une foire importante pour les fermiers. Aujourd’hui, après le déclin de l’empire soviétique, c’est un village à demi éteint où la nature semble vouloir reprendre ses droits sur l’homme. Dans le film de Volker Koepp, cette terre triste, à l’abandon, oubliée de la "mère-patrie", se métamorphose en des paysages à la beauté envoûtante où les enfants, laissés à eux-mêmes, inventent, ensemble, dans les lieux désertés par leurs parents, un univers de jeux et une société utopique à la limite du fantastique, qui n’est pas sans rappeler le monde onirique des exclus du Dodescaden de Kurosawa. Chacun la peuple de ses rêves, telle la jeune fille sourde dont les aquarelles enchantent ses compagnons. Tous viennent y puiser l’énergie et la vitalité qui manquent tant dans le monde adulte : "... et c’était l’hiver, et une myriade d’images se réfléchissait dans le cœur et les yeux des enfants." Cette puissance magique, cette force païenne de la terre culmine, avec le retour du printemps, dans la cérémonie d’un mariage à laquelle les enfants s’invitent." (Yann Lardeau)