17e ÉDITION NOVEMBRE 2016Organisé par
Images en bibliothèques

High School 1 de Frederick Wiseman
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FOCUS SUR LE CINÉASTE FREDERICK WISEMAN

A l’occasion de la parution du n°85/86 d’IMAGES documentaires (juin 2016) consacré au cinéaste américain Frederick Wiseman, la revue et Images en bibliothèques proposent une découverte de son œuvre à travers une sélection de 14 films. Les films seront accompagnés pendant le mois de novembre par les rédacteurs de la revue : Charlotte Garson Arnaud Hée et Alice Leroy.

Frederick Wiseman est l’un des plus grands documentaristes contemporains à la fois par l’étendue de sa production et par l’acuité et la profondeur du regard qu’il porte sur la société occidentale et le fonctionnement de la démocratie américaine. Depuis 1967, il s’est attaché à filmer essentiellement des institutions : prison, lycée, hôpital, caserne, centre d’aide social, mais aussi grand magasin, théâtre, musée… Wiseman propose non seulement un « point de vue documenté » mais aussi une réflexion sur la société dans son ensemble, sur ses valeurs morales réelles ou supposées. Et au-delà, c’est toute l’expérience humaine, morale, métaphysique qu’il entend intégrer dans ses films. Ceux-ci peuvent être très longs et Frederick Wiseman justifie cette durée par la complexité de la réalité filmée et le respect dû à ceux qu’il filme. Le corpus proposé ici permet de faire découvrir son œuvre à un large public.

Une proposition élaborée avec Catherine Blangonnet et la Revue Images documentaires.

Inviter un intervenant

3 critiques de cinéma de la revue Images documentaires accompagneront les films pendant le Mois de novembre : accédez au détail ci-dessous.









Les films et les intervenants :

3 INTERVENANTS POUR ACCOMPAGNER LES FILMS

3 Intervenants pour accompagner les films

Charlotte Garson

Charlotte Garson, critique aux Cahiers du cinéma de 2001 à 2012, écrit pour les revues Etudes et Images documentaires. Elle intervient sur France Culture dans l’émission La Dispute ainsi que sur la radio Suisse Romande.
Auteure de Jean Renoir (éd. Le Monde/Cahiers du cinéma), Amoureux (Cinémathèque française/Actes sud junior) et Le Cinéma hollywoodien (CNDP/Cahiers du cinéma), elle a aussi participé à la programmation du Festival des 3 Continents de Nantes (2010-2015) et intervient fréquemment sur le cinéma auprès d’enseignants et dans les salles.
Elle accompagnera les films Titicut follies, Law and order, High school 1, Juvenile court, Essene, Welfare, The store, Blind, Public housing, National Gallery.

Arnaud Hée

Critique de cinéma, Arnaud Hée écrit pour Etudes, Images documentaires, Bref et critikat.com. Enseignant à la Fémis, il est membre du comité de sélection du festival de Belfort, et intervient également dans différents réseaux d’éducation à l’image.
Il accompagnera les films Titicut follies, Law and order, High school 1, Essene, National Gallery, Boxing Gym.

Alice Leroy

Alice Leroy est l’auteure d’une thèse sur "le corps utopique au cinéma : transparence, réversibilité, hybridité." Ses travaux mènent plus particulièrement sur la figure animale à l’écran. Elle collabore aux revues Trafic, Esprit, Critique et Images documentaires, ainsi qu’aux revues en ligne Débordements et Critikat.
Elle accompagnera les films Primate, Meat, Zoo.

Essene

Essene

de Frederick Wiseman

1972 / Etats-Unis / 86’ / Zipporah films
Essene, monastère bénédictin situé dans l’état du Michigan, est un lieu d’enfermement, (comme la prison de Bridgewater, comme le lycée de Philadelphie) mais un lieu d’enfermement volontaire, autarcique, conçu pour la prière et la méditation. Cet enfermement n’implique pas l’ignorance ou l’indifférence à l’égard du monde extérieur. Même à Essene, la « contestation » n’est pas absente : contestation de la guerre du Viêtnam mais aussi des pratiques religieuses traditionnelles, notamment des principes d’autorité et d’obéissance. Le monde extérieur n’épargne pas ce petit groupe de moines.
High School

High School

de Frederick Wiseman

1968 / Etats-Unis / 75’ / Zipporah films
Tourné dans la banlieue de Philadelphie, la North East High School semble bien équipée et propose des activités variées, bien différentes de celles d’un lycée français à cette époque. C’est une « bonne » école urbaine pour classes moyennes, à direction et à majorité blanches. Cependant les élèves semblent s’ennuyer ferme. On découvre les rapports, parfois difficiles, de l’administration avec les élèves et… avec les parents. Le point le plus important semble être celui de la discipline : il semble que les élèves doivent, avant toute chose, apprendre à obéir « sans hésitation, ni murmure », selon la formule militaire. Ce que confirme le final poignant du film, la lettre d’un ancien élève engagé au Viêtnam lue avec fierté par la directrice à ses élèves lors de la cérémonie de remise des diplômes.
Juvenile Court

Juvenile Court

de Frederick Wiseman

1973 / Etats-Unis / 144’ / Zipporah films
Avec Juvenile Court, tourné dans les locaux du tribunal pour mineurs de Memphis, (Tennessee,) Wiseman, ancien professeur de droit, retrouve le monde familier d’un tribunal ; il montre le fonctionnement cas par cas du tribunal et une équipe qui travaille avec compétence et dévouement sur des dossiers difficiles, parfois tragiques. Chaque procès voit les juges partagés entre l’obligation de punir un crime, de protéger la société et la nécessité d’une réhabilitation des jeunes délinquants. Comme Hospital, Welfare ou Law and Order, Juvenile Court est une ouverture privilégiée sur une image privée de l’Amérique et les aspects noirs d’une société où l’idéal démocratique de justice est constamment confronté à la violence inéluctable des faits et à l’inégalité sociale.
Law and order

Law and order

de Frederick Wiseman

1969 / Etats-Unis / 81’ / Zipporah films
Ni procès d’une institution répressive, ni fascination pour la violence, Law and Order montre le travail quotidien d’un service de police situé dans un quartier « chaud » de Kansas City (Missouri). Il s’agit essentiellement d’un exposé sur la prévention policière, sur les compétences et les techniques d’un métier dont la préoccupation est avant tout de donner la réponse correcte à tout crime, à tout trouble de l’ordre public. La dissuasion policière ne passe pas par l’usage de la force, mais par la persuasion, par une mise en scène théâtrale de sa force et de son efficacité, et surtout par la parole. Filmer une ville du point de vue monomaniaque d’un commissariat, c’est aussi substituer à sa diversité, à son hétérogénéité, à son désordre vivant, la perspective unique d’un ordre policier.
Meat : La viande

Meat : La viande

de Frederick Wiseman

1976 / Etats-Unis / 113’ / Zipporah films
Le processus de transformation de la viande, depuis le bœuf dans la prairie jusqu’au hamburger, est filmé dans une gigantesque entreprise industrielle du Colorado qui possède des ranchs, des usines d’engraissement, des abattoirs. La production y est largement automatisée et le film illustre aussi les problèmes de transport, de logistique, de création d’outillage, de management. Un classique hante le cinéma de Wiseman : Les Temps Modernes de Chaplin. « Ceux que mes images choquent, dira Wiseman, doivent croire que les hot dogs poussent sur les arbres ! ».
Primate

Primate

de Frederick Wiseman

1974 / Etats-Unis / 105’ / Zipporah films
Dans la banlieue d’Atlanta (Géorgie), au centre de Yerkes, spécialisé dans la recherche sur les primates, Wiseman nous fait découvrir le travail quotidien des chercheurs qui étudient le développement physique et mental des primates et notamment leur comportement sexuel. Certaines expériences donnent des résultats intéressants, d’autres plutôt cocasses, d’autres enfin font froid dans le dos. La diffusion à l’antenne du film bouleverse le monde de la télévision publique américaine. Certains chercheurs s’estiment trahis parce que leurs recherches ne sont pas explicitées. Le directeur du centre aurait voulu qu’un commentaire soit ajouté. C’est surtout l’ambivalence du comportement des chercheurs qui est mise en lumière.
The Store

The Store

de Frederick Wiseman

1983 / Etats-Unis / 116’ / Zipporah films
A Dallas, Texas, la vie du grand magasin Neiman-Marcus, « une institution » du commerce de luxe pour une clientèle richissime. Derrière la façade de luxe du magasin – mannequins, bijoux, parfums, produits de beauté, fourrures – et son ambiance feutrée, un « univers impitoyable ». Les cadres enchaînent réunion sur réunion : stratégie commerciale, campagnes de publicité, gestion du personnel, langage technocratique. Du côté des employés : la pointeuse, le travail minutieux des couturières, tailleurs, fourreurs, la fouille des sacs à la sortie. Une petite fête triste pour l’anniversaire d’une employée et un autre anniversaire, soirée de gala, réception gigantesque pour le 75ème anniversaire des magasins Neiman-Marcus.
Titicut Follies

Titicut Follies

de Frederick Wiseman

1967 / Etats-Unis / 81’ / Zipporah films
Premier film de Frederick Wiseman, Titicut Follies est tourné dans le pénitencier psychiatrique de Bridgewater (Massachusetts) qui accueille des criminels malades mentaux. Le film alterne les scènes de la vie quotidienne de la prison – le traitement des détenus par les gardiens, les travailleurs sociaux, les psychiatres – avec un spectacle donné par les détenus et leurs gardiens. Le constat est accablant. Néanmoins, quand Wiseman le présente à la direction de Bridgewater, le film est d’abord bien accueilli. Par la suite, l’émotion et les débats qu’il suscite vont vite inquiéter les autorités du Massachusetts qui en demanderont l’interdiction. Cinq procès se succéderont sur plusieurs années et Titicut Follies restera pratiquement interdit durant 24 ans. Le film est en noir et blanc, magnifiquement cadré et monté, sans commentaire, sans effet, sans compassion. D’autant plus impitoyable et bouleversant.
Welfare

Welfare

de Frederick Wiseman

1975 / Etats-Unis / 167’ / Zipporah films
Le fonctionnement et les contradictions du système de protection sociale américain est filmé dans un bureau d’aide sociale de Manhattan (New York). Wiseman s’attache à décrire le travail du personnel : entretiens, examens de dossiers et récriminations justifiées ou non, maquis des réglementations et des rapports entre les différents organismes d’aide, tâche ingrate, épuisante, écrasante. Welfare est d’abord une scène, un lieu unique, un bureau où converge toute la misère d’une société. Dialogues absurdes, enchaînement de quiproquos entre des miséreux déshérités et des employés serviables et courtois mais aux réponses dictées par le règlement et ses procédures, toujours en quête de preuves de la misère de leurs interlocuteurs : vieillards, immigrés, chômeurs, détenus libérés, alcooliques, drogués… Dans le gouffre qui se creuse derrière les mots apparaissent dans toute leur ampleur l’horreur de la misère, le désespoir de la rue, contrechamp insoutenable aux murs neutres, aux néons sans ombres du Welfare Center.
Zoo

Zoo

de Frederick Wiseman

1993 / Etats-Unis / 120’ / Zipporah films
Dans ce film, tourné au zoo de Miami en Floride, Wiseman revient sur les rapports de l’homme et de l’animal. Primate avait choqué, Zoo peut rassurer. Le zoo abrite 2 800 animaux, représentant des centaines d’espèces, qui sont élevés, entretenus, soignés avec attention et compétence. Vaste, bien organisé, bien tenu, le zoo de Miami est exemplaire. Or, le visiteur n’a droit qu’à une version policée du monde animal. Côté coulisses, le travail est astreignant, les situations souvent violentes et cruelles. Le zoo est aussi une entreprise avec ses problèmes humains, éthiques, financiers, techniques ou de recherche.
Blind

Blind

de Frederick Wiseman

1986 / Etats-Unis / 132’ / Zipporah films
En cours de tournage dans l’Alabama School for the Deaf and Blind, à Tallageda, établissement fondé en 1862 et réputé comme l’un des meilleurs dans son domaine, Wiseman mesure l’étendue et la complexité de la réalité qu’il découvre. Il rapportera quatre films de Tallageda. Dans Blind, on découvre l’enseignement et la vie quotidienne des élèves depuis le jardin d’enfants jusqu’au 12ème grade. L’école a pour objectif de former à l’autonomie les enfants aveugles et déficients visuels à travers l’entraînement à la mobilité, l’enseignement du braille et des matières scolaires. Les exercices quotidiens proposés aux enfants donnent à John Davey l’occasion de filmer une série de plans-séquences superbes. Le film aborde également les problèmes de gestion : discipline, relations avec les familles, problèmes budgétaires.
Public housing

Public housing

de Frederick Wiseman

1997 / Etats-Unis / 195’ / Zipporah films
Le film se déroule à Chicago dans l’ensemble de logements sociaux Ida B. Wells, où les habitants sont majoritairement noirs et vivent dans des conditions d’extrême pauvreté. Il fait découvrir le quotidien des habitants de ce bloc, et tous les problèmes, liés entre eux, auxquels ils se trouvent confrontés : chômage, problèmes scolaires, de santé, alcoolisme, toxicomanie…Il montre aussi les instances locales et fédérales qui tentent d’aider les résidents à se prendre en charge : portrait d’employés municipaux, de bénévoles, d’intervenants sociaux qui, inlassablement, combattent pied à pied racisme, violence, pauvreté, promiscuité, paresse, drogue, ignorance, illettrisme… Wiseman dira : « Le film ne prétend pas traiter tous les aspects de la question : il montre ce que j’ai vu dans cette cité-là. »
Boxing Gym

Boxing Gym

de Frederick Wiseman

2010 / Etats-Unis / 91 min / Zipporah films
A Austin, Texas, Richard Lord, ancien boxeur professionnel, a fondé son club de boxe Lord’s Gym, il y a seize ans. Des personnes d’origines et de classes sociales et d’âges différents s’entraînent dans ce gymnase : hommes, femmes, enfants, docteurs, avocats, juges, hommes et femmes d’affaires, immigrants, boxeurs professionnels ou aspirants professionnels côtoient de simples amateurs et des adolescents en quête de force et d’assurance. Le gymnase comme illustration du melting pot à l’américaine.
National Gallery

National Gallery

de Frederick Wiseman

2014 / Etats-Unis / 181 min / Zipporah films
Frederick Wiseman introduit le spectateur au sein d’une célèbre institution londonienne, la National Gallery, musée peuplé de chefs d’œuvre de l’art occidental du Moyen-âge au XIXème siècle. Il filme le lieu, son fonctionnement, ses relations avec le monde extérieur, le travail de ses équipes, les publics et bien sûr les tableaux : jeux de miroirs troublants et captivants entre peinture et cinéma, représentation sociale et représentation artistique.